Le régime mère-fille est un dispositif fiscal de faveur qui peut s’avérer très avantageux lorsqu’une société détient une participation dans une autre.
Bien connu des professionnels du patrimoine, il reste pourtant encore flou pour de nombreux dirigeants ou entrepreneurs. Pourtant, l’utiliser permet d’optimiser la remontée de dividendes, sous conditions.
Dans quels cas ce régime s’applique-t-il ? Comment en bénéficier concrètement ? Quels sont ses avantages, mais aussi ses inconvénients? Enfin, faut-il lui préférer le régime d’intégration fiscale dans certaines situations ?
Dans cet article, nous vous aidons à mieux comprendre le fonctionnement du régime mère-fille, à en évaluer les bénéfices, et à déterminer s’il peut être adapté à votre stratégie patrimoniale.
Définition : qu’est-ce que le régime mère-fille ?
Le régime mère-fille est un dispositif fiscal avantageux qui permet, sous certaines conditions, à une société mère de percevoir les dividendes d’une filiale avec une quasi-exonération d’impôt sur les sociétés.
Concrètement, les dividendes reçus sont exonérés à 95 %, seule une quote-part de 5 % est réintégrée dans le résultat fiscal de la société mère au titre des frais et charges. Cela représente une imposition effective très faible (environ 1,25 % au taux normal d’IS).
Ce régime est particulièrement intéressant dans plusieurs configurations :
- Lorsqu’un entrepreneur crée une holding familiale et y apporte sa société d’exploitation : les dividendes remontent alors à la holding à moindre coût, permettant une capitalisation efficace.
- En cas de création d’une holding de rachat : les dividendes versés par la société cible peuvent servir au remboursement de la dette de rachat, toujours avec une fiscalité allégée.
Sans l’application du régime mère-fille, les dividendes versés par la filiale seraient imposés entièrement deux fois : une première fois à l’impôt sur les sociétés au niveau de la société d’exploitation, puis une seconde fois au niveau de la holding.
Le régime mère-fille permet de limiter fortement cette double imposition, en n’imposant qu’une fraction réduite des dividendes dans la société mère.
Exemple :
Imaginons que vous déteniez une société d’exploitation de plomberie qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 250 000 €, avec 105 000 € de charges. Il reste donc 145 000 € de bénéfice imposables à l’impôt sur les sociétés.
Vous détenez aussi une holding ayant 100% des actions de votre société d’exploitation.
• Calcul de l’impôt sur les sociétés dans la société d’exploitation :
Une première tranche de 42 500 € est imposée au taux réduit de l’IS à 15 % (applicable sous certaines conditions) :
42 500 € × 15 % = 6 375 €
Le solde, soit 102 500 €, est imposé au taux normal de 25 % :
102 500 € × 25 % = 25 625 €
• Impôt sur les sociétés total : 6 375 € + 25 625 € = 32 000 €
• Bénéfice net après IS : 145 000 € – 32 000 € = 113 000 €
• Cas 1 : Application du régime mère-fille
Les 113 000 € de dividendes sont versés à la holding. Le régime mère-fille permet une exonération d’impôt sur les dividendes perçus, sauf une quote-part de frais et charges égale à 5 % du montant reçu, qui doit être réintégrée dans le résultat fiscal de la holding.
• Quote-part réintégrée : 113 000 € × 5 % = 5 650 €
• Impôt correspondant (avec un taux d’IS à 25 %, car le taux réduit de 15% est supposé utilisé ailleurs dans la holding) :
5 650 € × 25 % = 1 412,50 €
• Montant net conservé dans la holding : 113 000 € – 1 412,50 € = 111 587,50 €
• Cas 2 : Absence de régime mère-fille
Sans application du régime mère-fille, les dividendes seraient imposés en totalité à l’IS dans la holding :
• 113 000 € × 25 % = 28 250 € d’impôt sur les sociétés
• Montant net dans la holding : 113 000 € – 28 250 € = 84 750 €
L’application du régime mère-fille permet à la holding de conserver 111 587,50 € contre seulement 84 750 € sans ce régime.
Soit une économie d’impôt de 26 837,50 € sur une simple remontée de dividendes.
Quelles sont les conditions pour bénéficier du régime mère-fille ?
1- Soumission à l’impôt sur les sociétés
La société mère et la filiale doivent être soumises à l’impôt sur les sociétés (IS) ou à un impôt équivalent. Ce critère est généralement rempli par les SAS, SARL, SA, et autres sociétés commerciales.
Certaines sociétés sont exclues du régime mère-fille en tant que filiales :
• Les sociétés d’investissement
• Les SICAV
• Les sociétés situées dans un État ou territoire non coopératif (ETNC)
2- Détention minimale du capital
La société mère doit détenir au moins 5 % du capital de la filiale de manière directe, en pleine propriété ou en nue-propriété, de façon continue pendant au moins deux ans. Si cette condition de durée n’est pas remplie, la société mère peut néanmoins bénéficier du régime à condition de s’engager formellement à conserver la participation pendant deux ans.
Les titres doivent être nominatifs ou déposés dans un établissement agréé par l’administration.
À noter : le seuil de 5 % s’apprécie à la date de mise en paiement des produits de la participation.
3- Cas particuliers des entités à but non lucratif
Pour ces organismes, le régime mère-fille est applicable sous réserve de conditions spécifiques :
• Détention d’au moins 2,5 % du capital
• Détention de 5 % des droits de vote dans la filiale
4- Siège social dans l’Union européenne
La société mère doit avoir son siège social dans un État membre de l’Union européenne ou dans un pays lié à la France par une convention fiscale incluant une clause d’assistance administrative.
La société fille peut être située en France ou à l’étranger.
5- Option formelle à exercer
Le régime mère-fille ne s’applique pas automatiquement. La société mère doit exprimer son choix via la liasse fiscale, au moment de la déclaration de résultats.
6- Nature des produits éligibles
Le régime couvre uniquement certaines distributions régulières :
• Dividendes
• Acomptes sur dividendes
• Avances sur répartition
• Intérêts excédentaires
• Boni de liquidation
Sont exclus notamment :
• Distributions irrégulières
• Jetons de présence (rémunération des administrateurs)
• Bénéfices versés par des sociétés situées dans un ETNC (sauf exceptions légales)
Comment opter pour le régime mère-fille ?
L’option pour le régime mère-fille s’exerce chaque année, directement via la déclaration de résultats. Elle résulte simplement de l’inscription des dividendes perçus en ligne XA et de la quote-part de frais et charges en ligne 2A du formulaire fiscal 2058-A.
Existe t-il un risque d’abus de droit ?
L’administration fiscale peut engager une procédure d’abus de droit si le montage manque de justification économique ou juridique. Cela s’applique notamment lorsque l’objectif principal ou exclusif est de profiter de l’exonération sur les dividendes distribués par la filiale.
Avantages et inconvénients du régime mère fille
- Évite la double imposition des dividendes entre la filiale et la société mère.
- Favorise la remontée des bénéfices à moindre coût fiscal.
- Permet de capitaliser plus de revenus dans la holding.
- Conditions strictes à respecter : durée de détention, seuils minimums, forme des titres, formalités.
- Quote-part de frais et charges (5 %) à réintégrer, ce qui réduit légèrement l’avantage fiscal.
- Risque de contrôle fiscal en cas d’abus ou d’absence de justification économique ou juridique du montage.
Ce qu’il faut retenir
Le régime mère-fille est un dispositif fiscal permettant à une société mère, détenant au moins 5 % du capital d’une filiale soumise à l’impôt sur les sociétés (IS), de bénéficier d’une exonération sur les dividendes perçus.
Une quote-part de 5 % est réintégrée au résultat fiscal pour frais et charges.
La détention doit être continue pendant 2 ans minimum, ou la société mère doit s’engager à conserver les titres.
Les titres doivent être nominatifs ou déposés chez un établissement agréé.
Le régime s’applique aux sociétés ayant leur siège dans l’UE ou dans un pays avec une convention fiscale incluant une clause d’assistance administrative.
Conditions
- Société mère et filiale soumises à l’IS (exclusion des SICAV, sociétés d’investissement, ou situées en ETNC).
- Détention d’au moins 2,5 % du capital et 5 % des droits de vote pour les entités à but non lucratif.
- Option exercée annuellement via la déclaration fiscale (formulaire 2058-A, lignes XA et 2A).
Produits éligibles
- Dividendes, acomptes, avances sur répartition, boni de liquidation.
- Exclus : distributions irrégulières, jetons de présence, bénéfices d’ETNC.
Alternative : l’intégration fiscale peut être plus adaptée selon les objectifs patrimoniaux. Ce régime est un levier puissant pour optimiser la gestion de vos participations.
De plus, le régime mère-fille peut être cumulé, en cas de cession, avec le régime fiscal de faveur de la « niche Copé ».




