5 bonnes raisons d’ouvrir plusieurs contrats d’assurance-vie

L’assurance-vie est souvent présentée comme l’un des piliers de la gestion de patrimoine. Et à juste titre. Elle permet de faire fructifier son épargne dans un cadre fiscal avantageux, d’organiser sa transmission en bénéficiant d’abattements attractifs, tout en conservant une grande liberté de gestion.

Mais une question se pose souvent, une fois le premier contrat ouvert : faut-il s’en tenir à un seul ou est-il judicieux d’ouvrir plusieurs contrats d’assurance-vie ?

Au-delà des idées reçues, multiplier les contrats d’assurance-vie peut répondre à des objectifs très concrets.

Icône Loupe Dans cet article, vous découvrirez 5 raisons qui expliquent pourquoi il est parfois plus stratégique de répartir votre épargne sur plusieurs contrats d’assurance-vie plutôt que de tout concentrer sur un seul.

Raison 1 : Diversifier le risque entre plusieurs assureurs

Même si les faillites d’assureurs sont rares, le risque n’est jamais totalement nul notamment face à un krach débouchant sur une crise systémique.

En cas de défaillance, le Fonds de Garantie des Assurances de Personnes (FGAP) protège les capitaux jusqu’à 70 000 € par assureur et par souscripteur. Ce plafond s’applique par compagnie d’assurance, non par contrat.

Autrement dit, pour sécuriser un capital plus important, il est judicieux de répartir vos contrats entre plusieurs compagnies. Cela permet de bénéficier plusieurs fois du plafond de garantie, tout en réduisant votre exposition à un seul établissement.

Raison 2 : Cloisonner sa fiscalité

L’assurance-vie présente de puissants avantages fiscaux, à la fois en cas de retrait pendant la vie du contrat, mais aussi lors de la transmission au décès en nommant vos bénéficiaires.

Depuis sa création, l’assurance-vie a connu plusieurs réformes fiscales. De ce fait, la fiscalité applicable en cas de décès dépend de la date de souscription du contrat, mais aussi de la date de chaque versement.

Tableau récapitulatif des règles fiscales applicables à l'assurance-vie en cas de succession

Scinder la fiscalité en cas de décès

La fiscalité applicable en cas de décès est la suivante :

  • Avant 70 ans : chaque bénéficiaire peut profiter d’un abattement de 152 500 €, avec une taxation maximale de 31,25 % au-delà.
  • Après 70 ans : les bénéficiaires doivent se partager un abattement global de 30 500 €, puis sont taxés aux droits de succession classiques, pouvant atteindre 45 %.

Si tous les fonds sont logés dans un seul contrat, les versements sont mélangés, et un prorata fiscal doit être appliqué à chaque bénéficiaire du contrat d’assurance-vie.

Icône Exemple Exemple :

Imaginons un parent avec deux enfants et un conjoint.

Il détient :

• Un contrat ouvert avant 70 ans, alimenté à hauteur de 305 000 € au jour de la souscription
• Un autre contrat ouvert après 70 ans, alimenté à hauteur de 152 500 € au jour de la souscription

S’il attribue le premier contrat aux enfants, ils bénéficient chacun de 152 500 € d’abattement : zéro fiscalité.
S’il désigne le conjoint comme bénéficiaire du second contrat, il n’y a aucune taxation, car le conjoint est exonéré.
Grâce à cette séparation, 457 500 € sont transmis sans aucun impôt.

À l’inverse, si tout avait été investi dans un seul contrat d’assurance-vie, les enfants auraient été en partie taxés selon le régime post-70 ans, avec un abattement fortement réduit et un taux d’imposition potentiellement plus élevé.

Séparer la fiscalité en cas de rachat

La fiscalité applicable aux rachats dépend aussi de la date des versements, notamment si ceux-ci ont été versés avant ou après le 27 septembre 2017 :

  • Avant cette date : les gains sont imposés selon l’ancien régime du PFL (prélèvement forfaitaire libératoire), avec des taux dégressifs selon l’âge du contrat (jusqu’à 24,7 % après 8 ans).
  • Après cette date : la fiscalité dépend du montant total des versements
    • Si < 150 000 € (ou 300 000 € pour un couple) : taux réduit à 24,7 %
    • Si > 150 000 € : taxation standard à 30 %

En séparant vos contrats selon vos versements (avant/après le 27/09/17), vous pouvez choisir sur lequel effectuer vos rachats pour maîtriser votre fiscalité et éviter un prorata.

Raison 3 : Conserver de vieux contrats avantageux

Certaines personnes détiennent des contrats d’assurance-vie anciens, parfois oubliés. Pourtant, ces contrats peuvent être extrêmement intéressants sur le plan fiscal, surtout s’ils ont été ouverts avant le 20 novembre 1991 ou entre cette date et le 13 octobre 1998.

Ces anciens contrats peuvent bénéficier d’un régime fiscal qui n’existe plus aujourd’hui, à condition que les versements aient été réalisés à certaines périodes précises. Voici les principaux cas de figure :

  • Contrat ouvert avant le 20/11/1991 et versements effectués avant le 13/10/1998 :
    Exonération totale en cas de décès, quel que soit le bénéficiaire, le montant transmis ou l’âge au moment du versement.
  • Contrat ouvert entre le 20/11/1991 et le 13/10/1998, avec des versements effectués avant 70 ans :
    Là encore, exonération totale des capitaux transmis au décès, dans la limite de ces versements.

Un piège à éviter : tout clôturer pour mieux investir

Il peut être tentant de céder à certains conseils consistant à clôturer ces contrats pour réorienter les fonds vers des supports plus modernes, plus performants ou avec moins de frais. Mais ce choix doit être mûrement réfléchi.

Rompre un contrat ancien, c’est perdre définitivement son régime fiscal.

Il est souvent plus pertinent de :

  • Conserver l’ancien contrat pour garder l’exonération
  • Réévaluer l’allocation d’actifs si nécessaire, afin de dynamiser la performance
  • Ouvrir un nouveau contrat pour vos futurs versements, avec une architecture moderne, des frais optimisés et plus de souplesse

Raison 4 : Définir une allocation d’actifs spécifique à chaque contrat

Avoir plusieurs contrats d’assurance-vie permet de personnaliser votre stratégie d’investissement en affectant à chaque contrat une allocation d’actifs distincte, adaptée à un objectif ou à un niveau de risque précis.

Concrètement, pourquoi est-ce utile ?

Vous pouvez par exemple :

  • Affecter un contrat à une gestion prudente, en privilégiant le fonds euros, moins risqué mais plus sécurisé.
  • Réserver un autre contrat à une gestion plus offensive, en investissant davantage en unités de compte (UC), plus volatiles à court terme, mais potentiellement plus rentables sur le long terme.

Ainsi, vous obtenez des performances différentes sur chaque contrat, avec des niveaux de plus-value distincts. Et cela peut être stratégiquement très utile en cas de rachat.

Optimiser la fiscalité des retraits

En assurance-vie, seule la part des intérêts comprise dans le rachat est fiscalisée. Et vous bénéficiez, après 8 ans de détention, d’un abattement annuel de 4 600 € (ou 9 200 € pour un couple).

Si vous retirez des fonds depuis un contrat qui a généré peu de plus-value, la part imposable sera faible. Vous pouvez ainsi, chaque année, retirer des fonds sans générer d’impôt, tout en utilisant vos abattements.

A contrario, si vous n’avez qu’un seul contrat fortement valorisé, chaque rachat sera fiscalement plus lourd, car proportionnel à une plus-value globale plus élevée.

Un autre avantage : varier les modes de gestion

En multipliant les contrats, vous pouvez aussi varier votre approche :

  • Un contrat en gestion libre : vous pilotez vous-même la répartition de vos actifs.
  • Un contrat en gestion pilotée : vous déléguez les choix à un expert qui ajuste régulièrement l’allocation selon les conditions de marché.

Raison 5 : Optimiser la performance

Ouvrir un nouveau contrat d’assurance-vie, plus moderne, permet souvent d’améliorer la performance globale de vos placements, sans pour autant devoir clôturer vos anciens contrats.

Certains contrats récents proposés en ligne offrent :

  • Des frais de gestion plus faibles, ce qui a un impact direct sur la rentabilité à long terme ;
  • Un univers d’investissement plus large, avec accès à une plus grande diversité d’unités de compte : ETF, SCPI, OPC, etc. ;
  • Des fonds euros plus dynamiques, car chaque contrat propose un fonds euro spécifique, avec un rendement qui varie d’un assureur à l’autre chaque année.

Comme évoqué précédemment, il peut être judicieux de conserver vos anciens contrats, notamment s’ils bénéficient d’un régime fiscal avantageux (exonérations sur les versements antérieurs à certaines dates, par exemple).

Ce qu’il faut retenir

Ouvrir plusieurs contrats d’assurance-vie est une stratégie pertinente pour :

  1. Diversifier le risque en répartissant vos capitaux entre plusieurs assureurs, sécurisés chacun jusqu’à 70 000 € par le FGAP.
  2. Optimiser la fiscalité en séparant les versements selon leur régime (avant/après 70 ans ou 27/09/2017) pour minimiser l’impôt sur les rachats ou la transmission.
  3. Conserver des contrats anciens avantageux fiscalement, notamment ceux ouverts avant 1998, tout en ouvrant de nouveaux contrats modernes.
  4. Personnaliser l’allocation d’actifs en adaptant chaque contrat à un objectif ou niveau de risque spécifique (prudent, dynamique, gestion libre ou pilotée).
  5. Améliorer la performance grâce à des contrats récents aux frais réduits, fonds euros dynamiques et accès à des supports d’investissement variés.

Enfin, il est important que chaque nouveau contrat réponde à un objectif précis.
Multiplier les contrats sans stratégie claire peut vite devenir contraignant : suivi régulier, arbitrages à réaliser, décisions à prendre, notamment en cas de gestion libre. L’ouverture de nouveaux contrats n’a de sens que si elle s’inscrit dans une démarche patrimoniale réfléchie et cohérente avec vos besoins.

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À propos de l’auteur
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Fondateur de Gère ton patrimoine

Expert en gestion et ingénierie du patrimoine

Avec plus de dix ans d’expérience en gestion de patrimoine, je partage mes connaissances pour aider les Français à faire les meilleurs choix patrimoniaux.
Diplômé des universités Paris-Dauphine, Paris I-Sorbonne et Clermont-Ferrand, j’allie expertise académique et expérience de terrain pour proposer des articles accessibles à tous.

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