Le démembrement de propriété est l’un des outils les plus efficaces pour organiser, protéger et transmettre un patrimoine. Il est souvent perçu comme technique, notamment avec les notions de nue-propriété et d’usufruit.
Ce guide vous aide à comprendre simplement ces termes et leur intérêt concret dans une stratégie patrimoniale.
Vous découvrirez comment fonctionne le démembrement d’un actif, dans quels cas il devient pertinent, quels avantages fiscaux il offre et comment l’utiliser pour optimiser une succession ou anticiper une transmission.
À travers des explications claires et des exemples pratiques, vous disposerez de toutes les clés pour utiliser le démembrement de propriété de manière éclairée et adaptée à vos objectifs.
Qu’est-ce que le démembrement de propriété ? Définition et origines
Le démembrement de propriété consiste à diviser temporairement les attributs du droit de propriété entre plusieurs personnes.
Ce mécanisme, ancien en droit civil, est l’un des fondements de nombreuses stratégies patrimoniales modernes. Pour bien comprendre son intérêt, il faut revenir à ses composantes et à la manière dont il naît.
Les attributs du droit de propriété : usus, fructus et abusus
La pleine propriété repose sur trois prérogatives juridiques complémentaires :
- L’usus : le droit d’utiliser le bien, l’occuper ou en faire usage.
- Le fructus : le droit d’en percevoir les revenus (loyers, dividendes…).
- L’abusus : le droit de disposer du bien, c’est-à-dire le vendre, le donner ou le transformer.
Lorsque la pleine propriété est démembrée, ces attributs sont répartis entre :
- l’usufruitier, qui conserve l’usus et le fructus,
- le nu-propriétaire, qui détient l’abusus, même si celui-ci s’exerce souvent de manière limitée pendant la durée du démembrement.

Les différentes formes de démembrement
Le démembrement viager
L’usufruit s’éteint au décès de l’usufruitier. La valeur de l’usufruit et de la nue-propriété dépend de l’âge de l’usufruitier. C’est la forme de démembremrent de propriété la plus courante, qui apparaît notamment en cas de donation ou de succession.
Le démembrement temporaire
Le démembrement est limité dans le temps (5, 10, 15 ans par exemple) avant que le (ou les) nu(s)-propriétaire(s) recouvre(nt) la pleine propriété.
Le démembrement ab initio
La séparation usufruit / nue-propriété est, dans ce cas, prévue dès l’acquisition (et non a posteriori), par exemple lorsqu’un parent achète l’usufruit d’un bien et les enfants la nue-propriété.
La réunion de la pleine propriété : que se passe-t-il à la fin du démembrement ?
À l’issue du démembrement :
- en cas d’usufruit viager, le nu-propriétaire récupère automatiquement la pleine propriété au décès de l’usufruitier, sans frais ni taxation ;
- en cas d’usufruit temporaire, la pleine propriété revient également au nu-propriétaire à la date prévue.
Ce retour s’effectue sans droit supplémentaire, car il ne s’agit pas d’un transfert mais d’un mécanisme légal.
💡Bon à savoir
Il est possible de prévoir un usufruit successif dans l’acte notarié. Ce mécanisme permet de prolonger le démembrement au-delà du décès de l’usufruitier initial.
Par exemple, un parent peut donner un bien immobilier locatif en se réservant l’usufruit, tandis que les enfants reçoivent la nue-propriété.
À son décès, l’usufruit ne s’éteint pas : il est transféré au conjoint survivant, qui devient à son tour usufruitier. Les enfants ne récupéreront donc la pleine propriété qu’à l’extinction de ce second usufruit.
Cet aménagement doit être anticipé lors de la rédaction de l’acte.
Comment naît un démembrement de propriété ?
1. Lors d’une donation
Les parents peuvent donner la nue-propriété d’un bien tout en conservant l’usufruit, souvent pour continuer à percevoir les revenus ou occuper le logement.
C’est l’un des usages les plus répandus, car il permet d’anticiper la transmission avec une fiscalité allégée.
Pour calculer la fiscalité liée à une donation, vous pouvez utiliser notre simulateur de droits.
2. Au moment d’une succession
Le conjoint peut recevoir l’usufruit sur les biens du défunt grâce à ses options légales, tandis que les enfants deviennent nus-propriétaires.
Cette configuration est fréquente dans les familles souhaitant protéger le conjoint survivant.
3. Lors d’un achat démembré
Plusieurs personnes peuvent acheter ensemble un bien en répartissant dès le départ l’usufruit et la nue-propriété.
Quels types d’actifs peut-on démembrer ?
Le démembrement de propriété peut porter sur une large variété de biens :
- Immobilier (résidence principale, secondaire, investissement locatif)
- Actions ou parts sociales de société (exploitation, holding, SCI)
- SCPI
- Comptes-titres
- Contrats de capitalisation
- Sommes d’argent (via un quasi-usufruit)
- Contrats d’assurance-vie via une clause bénéficiaire démembrée
Cette grande flexibilité permet d’adapter le démembrement aux besoins spécifiques d’un particulier, d’une famille ou d’un chef d’entreprise.
💡Bon à savoir
Le quasi-usufruit s’applique aux biens dits consommables, comme une somme d’argent ou un compte-titres monétaire.
L’usufruitier peut utiliser librement les fonds, tandis que le nu-propriétaire détient une créance de restitution qui deviendra exigible au décès de l’usufruitier.
Prévoir un quasi-usufruit permet de protéger le conjoint survivant, notamment lorsqu’il est prévu dans une clause bénéficiaire démembrée d’un contrat d’assurance-vie.
Quel est l’intérêt d’un démembrement de propriété ?
Le démembrement de propriété offre de nombreux avantages patrimoniaux. Il permet de protéger un conjoint, d’anticiper une succession, d’alléger la fiscalité, de transmettre progressivement ou encore de faciliter un investissement. Les usages sont variés, et certains se retrouvent très fréquemment en pratique.
1. Protéger le conjoint survivant lors d’une succession
Lors d’un décès, le conjoint survivant bénéficie de plusieurs options. En présence d’enfants communs, il peut choisir :
- 100 % de l’usufruit,
- ou 1/4 de la succession en pleine propriété.
Lorsque le défunt avait des enfants d’une autre union, le conjoint ne peut opter que pour 1/4 de la succession en pleine propriété, sauf si une donation au dernier vivant avait été mise en place.
Celle ci permet permet d’offrir plusieurs options au conjoint survivant :
- 1/4 de la succession en pleine propriété et 3/4 en usufruit ;
- l’intégralité de la succession en usufruit, ce qui lui garantit l’usage des biens et les revenus ;
- Recevoir la quotité disponible en pleine propriété, c’est-à-dire la part librement transmissible.
Cette quotité varie selon le nombre d’enfants :- un enfant : 1/2 de la succession ;
- deux enfants : 1/3 ;
- trois enfants ou plus : 1/4.
💡Bon à savoir
Le législateur limite le démembrement entre conjoint et enfants non communs, car cette situation peut créer des tensions.
En effet, l’usufruitier souhaite utiliser le bien et en profiter, alors que les nus-propriétaires veulent préserver la valeur patrimoniale. Cela implique d’être en mesure d’avoir de bonnes relations entre les parties.
En fonction du choix du conjoint survivant, un démembrement automatique peut donc naitre entre lui et les enfants.
Dans ce cas, cela permet :
- au conjoint d’utiliser les biens ou d’en percevoir les revenus (loyers, intérêts, dividendes),
- aux enfants d’être protégés, car ils deviendront pleinement propriétaires au décès du conjoint, sans fiscalité supplémentaire.
Exemple :
Un couple de deux enfants détient un appartement locatif. Au décès du père, la mère reçoit l’usufruit de l’appartement et les enfants la nue-propriété.
Les enfants ne paient des droits que sur la valeur de la nue-propriété, et non sur la valeur de la pleine propriété du bien.
La mère ne paie aucun impôt car le conjoint survivant est exonéré de droits de succession.
La mère continue de percevoir les loyers pour subvenir à ses besoins de revenus.
Au second décès, les enfants récupèrent la pleine propriété sans payer de droits, car la reconstitution de la pleine propriété n’est pas taxée.
2. Transmettre de son vivant : optimiser abattements et fiscalité
La donation en démembrement est l’un des outils les plus performants pour transmettre progressivement un patrimoine tout en conservant revenus ou contrôle.
Pourquoi transmettre tôt ?
Trois arguments majeurs :
- Les abattements se renouvellent tous les 15 ans, par exemple :
- 100 000 € par parent et par enfant
- 31 865 € entre grands-parents et petits-enfants
- Les tranches des droits à payer sont progressives
En divisant les transmissions dans le temps, l’assiette taxable est réduite. - La valeur transmise dépend de l’âge de l’usufruitier (barème de l’article 669 du CGI)
Plus le donateur est jeune, plus la valeur de la nue-propriété est faible, donc moins la donation coûte cher. Toutefois, il n’y a pas de limite d’âge, même après 70 ans, vous pourrez continuer à transmettre.
Exemple :
Un parent de 55 ans donne la nue-propriété d’un appartement de 400 000 € à son fils.
Selon le barème (valeur de l’usufruit : 50 %), la nue-propriété vaut 200 000 €.
Après abattement de 100 000 €, seuls 100 000 € restent taxables au lieu de 400 000 € en pleine propriété.
Barème fiscal pour évaluer les valeurs en démembrement de propriété
| Âge de l’usufruitier | Valeur de l’usufruit | Valeur de la nue-propriété |
| Moins de 21 ans | 90 % | 10 % |
| Entre 21 et 30 ans | 80 % | 20 % |
| Entre 31 et 40 ans | 70 % | 30 % |
| Entre 41 et 50 ans | 60 % | 40 % |
| Entre 51 et 60 ans | 50 % | 50 % |
| Entre 61 et 70 ans | 40 % | 60 % |
| Entre 71 et 80 ans | 30 % | 70 % |
| Entre 81 et 90 ans | 20 % | 80 % |
| Plus de 91 ans | 10 % | 90 % |
Conserver revenus et contrôle
Le donateur usufruitier, selon l’actif qui fait l’objet d’un démembrement de propriété, peut continuer à :
- percevoir les loyers,
- percevoir les dividendes d’un portefeuille (compte-titres, contrat de capitalisation),
- rester président ou gérant (pour une société),
- décider des arbitrages importants selon ce qui est prévu conventionnellement.
Cependant, plusieurs précautions doivent être prises :
- rédiger une convention de démembrement de propriété pour déterminer les règles en vigueur durant le démembrement de propriété,
- aménager les statuts pour clarifier les droits de vote en cas de démembrement de propriété sur des actions ou parts sociales,
- conserver au moins une part sociale ou action en pleine propriété pour maintenir la qualité d’associé car selon la cour de cassation, l’usufruitier n’a pas cette qualité.
💡Bon à savoir
Pour transmettre de votre vivant, plusieurs outils existent.
La donation manuelle permet de donner un bien mobilier (sommes d’argent, titres, objets…) sans formalité particulière, même si une déclaration fiscale reste nécessaire. Une donation par acte authentique peut également se faire auprès d’un notaire, par exemple pour donner la nue-propriété d’un bien immobilier.
Vous pouvez également recourir à une donation-partage entre vos enfants, toujours réalisée chez un notaire. Cet acte fige la valeur des biens au jour de la donation, ce qui sécurise la répartition et évite de futurs litiges entre héritiers.
La donation-partage transgénérationnelle va plus loin : elle permet de transmettre en une seule opération aux enfants et aux petits-enfants. Les enfants doivent donner leur accord pour que tout ou partie de leur part soit attribuée à leurs propres enfants.
C’est un outil particulièrement efficace pour organiser un patrimoine familial, anticiper la transmission et réduire la fiscalité globale.
Usufruit temporaire transmis aux enfants
Certains parents transmettent un usufruit temporaire à leurs enfants, par exemple pour loger un étudiant gratuitement durant une période choisie.
Trois avantages principaux en découlent :
- vous conservez la propriété du bien à terme, puisqu’il ne s’agit que d’un transfert temporaire de l’usufruit ;
- le bien sort de votre patrimoine pendant toute la durée du démembrement, ce qui peut réduire votre IFI lorsqu’il s’agit d’un actif immobilier ;
- les droits à payer restent limités, car pour un usufruit temporaire de dix ans, les droits sont calculés sur 23 % seulement de la valeur en pleine propriété du bien.
Calcul de la valeur de l’usufruit temporaire selon l’article 669 du CGI :
- 23 % de la valeur du bien pour un usufruit ≤ 10 ans,
- 46 % pour 10 à 20 ans,
- 69 % pour 20 à 30 ans.
Une fois la période d’usufruit temporaire terminée, les donateurs récupèrent la pleine propriété. Ainsi, la transmission de l’usufruit temporaire ne permet pas d’anticiper la succession au profit des enfants.
3. Clause bénéficiaire démembrée : un outil puissant en assurance-vie
Dans un contrat d’assurance-vie, il est possible de désigner un usufruitier et un ou plusieurs nus-propriétaires en tant que bénéficiaires.
Cette stratégie permet par exemple de :
- protéger un conjoint survivant,
- tout en organisant la transmission aux enfants,
- et en bénéficiant de la fiscalité avantageuse du contrat d’assurance-vie.
Trois issues possibles pour le capital transmis en cas de démembrement de la clause
- Quasi-usufruit
Les fonds sont versés à l’usufruitier, qui peut les utiliser librement. Les enfants nus-propriétaires détiennent une créance qui sera exigible au décès du conjoint. - Répartition immédiate
Les capitaux sont répartis en déterminant, en valeur, les droits de l’usufruitier et du nu-propriétaire. - Remploi sur un actif démembré
Les fonds sont réinvestis dans un bien (immobilier, contrat de capitalisation…) sur lequel un nouveau démembrement est mis en place.
Limites de la clause démembrée
- risques de tensions entre usufruitier et nus-propriétaires,
- risque de dilapidation des fonds par le quasi-usufruitier,
- incertitude pour les enfants s’ils ne sont pas associés au suivi des fonds.
Une convention de quasi-usufruit permet d’atténuer considérablement ces limites.
Pourquoi une convention de quasi-usufruit est indispensable ?
Parce qu’elle :
- sécurise la créance des nus-propriétaires,
- définit les obligations du quasi-usufruitier,
- précise les modalités de restitution du capital (quasi-usufruit).
Elle peut être établie sous seing privée (signature) ou notariale et doit être enregistrée pour être opposable.
4. Faciliter un investissement immobilier ou financier
Le démembrement peut aussi servir à investir plus efficacement.
Co-acquisition d‘un actif
Prenons l’exemple suivant : un enfant achète la nue-propriété d’un bien (immobilier par exemple), tandis que les parents achètent l’usufruit. Cela peut être intéressant car :
- l’enfant paie une fraction seulement de la valeur du bien,
- il récupère la pleine propriété à l’extinction de l’usufruit,
- les parents peuvent percevoir les revenus pendant toute la durée de l’usufruit viager.
💡Bon à savoir
Dans le cadre d’une co-acquisition démembrée, la méthode de référence pour déterminer la valeur de l’usufruit et de la nue-propriété est le barème fiscal prévu par l’article 669 du Code général des impôts.
Il existe toutefois une autre approche, dite économique, qui tient compte du rendement réel du bien, de son horizon de détention ou de l’espérance de vie de l’usufruitier.
Cette valorisation peut être utilisée à titre dérogatoire entre co-acquéreurs ou associés, notamment pour refléter plus fidèlement la réalité économique d’un investissement.
Investissement dans des parts de SCPI en démembrement de propriété
Les sociétés de gestion proposent aux investisseurs d’accéder aux parts de SCPI en acquérant seulement l’usufruit temporaire ou la nue-propriété.
Pour déterminer la valeur des investissements, les sociétés de gestion utilisent la méthode économique évoquée précédemment.
Ainsi, plus la durée de l’usufruit temporaire est longue :
- moins la somme à investir pour le nu-propriétaire sera élevée (car le temps d’attente avant de percevoir des revenus sera plus longue),
- plus la somme à investir pour acquérir l’usufruit temporaire sera élevée (car la durée de perception des revenus sera plus longue).
Ce type d’investissement est très utilisé par :
- des particuliers souhaitant préparer la retraite et n’ayant pas besoin de revenus dans l’immédiat,
- des sociétés cherchant à placer leur trésorerie durant une période déterminée (rendement moyen d’un usufruit temporaire autour de 4 à 5% par an).
Pourquoi cela est pertinent ?
- L’usufruit est amorti fiscalement par l’entreprise en tant qu’actif financier amortissable et elle perçoit les revenus.
- En principe, la nue-propriété n’entre pas dans l’IFI du particulier. Et ne percevant pas de revenus, il ne paie pas d’impôt durant la période d’usufruit temporaire.
- Au terme du démembrement, la pleine propriété revient gratuitement à l’investisseur. Dès lors, il perçoit la totalité des revenus distribués. Très souvent, à la retraite, le taux marginal d’imposition à l’impôt sur le revenu est plus faible qu’avant.
Il arrive aussi que la société acquière seule l’usufruit, tandis qu’un tiers distinct achète la nue-propriété. Dans d’autres situations, un particulier n’investit que dans la nue-propriété, et une entreprise sans lien avec lui acquiert l’usufruit temporaire.
Les inconvénients du démembrement de propriété
Le démembrement de propriété est un outil puissant, mais il ne convient pas à toutes les situations.
Voici les principales limites à connaître ainsi que les solutions associées.
1. Le risque de requalification fiscale : la présomption de l’article 751 du CGI
L’article 751 du Code général des impôts prévoit une présomption lourde : lorsque le défunt détenait l’usufruit et ses héritiers la nue-propriété, l’administration fiscale peut réintégrer la pleine propriété dans la succession, sauf preuve contraire.
Autrement dit, les héritiers risquent d’être imposés sur la valeur totale du bien.
Pourquoi ce risque existe ?
La loi cherche à éviter des transmissions artificielles réalisées en fin de vie ou financées indirectement par l’usufruitier.
Comment neutraliser ce risque ?
Il existe plusieurs moyens simples d’écarter la présomption, notamment :
- réaliser la donation ou l’achat en démembrement plus de trois mois avant le décès ;
- privilégier un acte authentique, détaillant l’origine des fonds ;
- financer la nue-propriété avec des fonds appartenant réellement au nu-propriétaire, et le prouver ;
- utiliser, le cas échéant, une société civile ;
- conserver toutes preuves démontrant l’intention de transmission (courriers, attestations médicales, etc.).
2. Une source potentielle de tensions entre usufruitier et nu-propriétaire
L’usufruitier utilise le bien ou en perçoit les revenus, tandis que le nu-propriétaire supporte, par principe, les gros travaux définis par l’article 606 du Code civil.
Cette répartition peut créer des incompréhensions quand il s’agit d’un bien immobilier, notamment lorsque :
- le nu-propriétaire doit financer des travaux coûteux alors qu’il ne perçoit aucun revenu ;
- l’usufruitier néglige l’entretien du bien, entraînant une diminution de valeur pour le nu-propriétaire ;
- les parties ne s’accordent pas sur la nature des travaux : entretien, dépenses d’amélioration ou grosse réparation.
Comment réduire les conflits ?
La solution la plus efficace reste la convention de démembrement, qui précise :
- la répartition exacte des charges ;
- les modalités de visite annuelle du nu-propriétaire.
Cette convention permet de clarifier les attentes de chacun et d’éviter la plupart des litiges.
3. Une gestion parfois complexe selon les actifs
Certains actifs nécessitent une gestion plus technique. C’est le cas notamment d’un portefeuille financier, où l’usufruitier peut arbitrer seul les actifs mais doit réinvestir dans des titres de même nature et de même niveau de risque ;
Risques sans organisation préalable
- arbitrages non adaptés au profil du nu-propriétaire ;
- désaccords sur la gestion (choix entre réinvestissement ou distribution des gains) ;
- fiscalité de la plus-value en cas de cession régie par défaut, selon la loi, sans personnalisation.
Quelle solution ?
Rédiger une convention de démembrement dédiée afin de :
- prévoir les modalités d’information du nu-propriétaire (fréquence et nature de l’information) ;
- prévoir les règles de gestion des titres ;
- déterminer le sort du prix de cession des titres démembrés ainsi que le redevable de la fiscalité sur la plus-value.
💡Bon à savoir
Dans un portefeuille démembré, lorsque des titres sont vendus puis réinvestis, l’impôt sur la plus-value revient en principe au nu-propriétaire, même s’il ne perçoit pas les revenus du portefeuille.
Toutefois, lorsque le démembrement résulte d’une succession, il est possible, sous certaines conditions, de désigner l’usufruitier comme unique redevable de l’impôt sur la plus-value, à condition que les deux parties en fassent expressément la demande auprès de l’établissement financier.
4. Le risque d’indivision entre plusieurs nus-propriétaires
Lorsque la nue-propriété est transmise à plusieurs enfants, ceux-ci se retrouvent automatiquement en indivision au décès de l’usufruitier.
L’indivision est une situation juridique dans laquelle plusieurs personnes détiennent ensemble un même bien, chacun pour une quote-part.
Cette situation peut devenir bloquante, car certaines décisions nécessitent la majorité des deux tiers voire l’unanimité: cession d’un bien, travaux, mise en location, etc.
Comment éviter ces blocages ?
Deux solutions :
- transmettre des parts de société en nue-propriété (SCI par exemple) plutôt qu’un bien immobilier en direct ;
- prévoir une rédaction des statuts solide et personnalisée, qui facilite la prise de décision.
5. Des difficultés en cas de cession du bien démembré
Pour vendre un bien démembré, l’accord de l’usufruitier et du nu-propriétaire est obligatoire.
En cas de désaccord, la vente devient impossible.
De plus, même si chacun peut théoriquement céder son droit isolément (nue-propriété ou usufruit), ces droits trouvent rarement preneur sur le marché.
Comment limiter cette contrainte ?
- éviter de donner la nue-propriété de sa résidence principale, afin de conserver une liberté de mouvement ;
- prévoir la donation de la nue-propriété d’actions ou de parts sociales, tout en conservant la gérance ou la présidence avec des pouvoirs étendus. Ainsi, vous pourriez céder librement les actifs détenus par la société.
6. Un risque de manque de liquidités pour les nus-propriétaires
Lors d’une succession, les enfants nus-propriétaires doivent payer des impôts sur la valeur transmise, alors même qu’ils ne perçoivent aucun revenu si l’usufruit revient au conjoint survivant.
C’est notamment le cas lorsqu’un capital est transmis via une clause bénéficiaire démembrée.
Cette situation peut être difficile à gérer financièrement pour les héritiers ou bénéficiaires.
Comment l’anticiper ?
Il est possible :
- de prévoir dans la clause bénéficiaire qu’une fraction du capital en pleine propriété sera transmise pour payer les droits ;
- d’être prévenant en conservant toujours une poche de titres liquides, d’actifs monétaires (livrets, fonds euros par exemple).
Une planification prudente permet d’éviter que les héritiers soient contraints d’emprunter ou de vendre des actifs dans l’urgence.
Ce qu’il faut retenir
Le démembrement de propriété est un outil souple et performant, à condition d’être correctement anticipé et encadré.
Voici les points essentiels à garder en tête :
- Un mécanisme simple : il sépare usufruit et nue-propriété, permettant d’adapter l’usage, les revenus et la transmission d’un même bien selon les objectifs familiaux.
- Un levier puissant pour protéger le conjoint : l’usufruit lui garantit l’usage et les revenus, tandis que les enfants deviennent pleinement propriétaires sans fiscalité au second décès.
- Un outil d’optimisation fiscale : transmettre la nue-propriété permet de réduire l’assiette taxable, d’utiliser les abattements tous les 15 ans et d’abaisser le coût global de la transmission.
- Un outil pertinent pour investir : par exemple la co-acquisition d’un bien immobilier ou de parts de SCPI.
- Des limites maîtrisables : risques fiscaux, indivision et conflits potentiels, tous atténués par une convention de démembrement ou une structuration en société.




